HOW IMPACT THE MUSEUM ?

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UNE RENCONTRE...

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Avocate

Fondatrice du Musée de la Femme (MF) www.museedelafemme.qc.ca

Muséologue et candidate au doctorat à l’UQAM (muséologie, médiation, patrimoine)

Membre du CELAT | projet de recherche : Droit, gestion et musées : protection et valorisation du patrimoine immatériel

 

mercredi 13 avril 2016

LA CONFIANCE DANS LES MUSÉES


CHERS PUBLICS, VOUS FAITES CONFIANCE MAIS...
JUSTEMENT, IL Y A CE PETIT MAIS DONT VOUS NE SAVEZ QUE PENSER…
                                      
Les institutions muséales sont perçues mondialement comme étant une valeur sûre de confiance et d’intégrité. Cette reconnaissance est avouée être, à l’interne, l’une des plus grandes valeurs des musées. Conséquemment ceux-ci font de leur mieux pour s’en porter garants en mettant de l’avant des politiques d’excellence et de certification de qualité ainsi que de la rigueur dans leurs expositions, leurs publications et dans toutes autres productions muséales. En amont de ces critères ambitieux d’excellence culturelle, les nombreuses contraintes financières de notre actualité, imposent de nouveaux paradigmes de développement et changent la dynamique muséale[1].  L’exigence de ces nouveaux paradigmes opérationnels est un nouveau défi pour les grands, moyens et petits musées. Elle nécessite de réviser à la hausse les standards dans la supervision et la gestion des institutions muséales,  tout en créant un environnement de proximité propice à la diffusion des savoir-faire et du savoir-être des musées. Dès lors, l’établissement de la confiance des publics autour de nouvelles formes de gouvernance muséale est incontournable et implique le renouvellement des procédures démocratiques. 
 
NOUVEAUX PARADIGMES, NOUVEAUX TYPES DE GESTION
 L’émergence d’institutions muséales privées ou publiques de type « antennes » telles que le Guggenheim est aujourd’hui à la mode : le Louvre et le Centre Pompidou qui sont des musées publics détenant des collections nationales ont désormais des antennes au national et à l’international. Ces éléments sont significatifs pour les musées au prise avec la logique du marché et l’obligation de la diversification des ressources financières. À cet égard, il convient de se demander comment les institutions muséales garderont la confiance des publics face à la dynamique potentiellement transactionnelle et lucrative de ce type de gestion. Qu’en est-il de leur caractère non lucratif [2]? Comment s’assurer de leurs niveaux d’excellence, de crédibilité, d’éthique des collections et leur déontologie professionnelle, qu’elles soient « franchisées ou antennes » ou non?
Par ailleurs, que penser d’une des problématiques cruciales que soulève la question de la domanialité publique des biens, de libéralisation des collections, de restitutions[3] d’objets, des prêts de collections nationales et peut-être leur cession[4]. La préoccupation de la question de la permanence et de l’inaliénabilité des collections étant centrale, les institutions  muséales font face à une considération éthique : qu’est-ce que l’on vend et qu’est-ce que l’on garde?  En attendant, le Rapport Levy Jouvet a tranché en ces termes :
« À l’heure actuelle, les musées ne sont pas autorisés à louer ou à vendre les œuvres d’art, qu’elles fassent partie de leurs collections permanentes ou de leurs réserves, pour financer des opérations assimilables à des investissements, qu’il s’agisse d’acquisitions ou de projets de restauration et de développement. […] La pertinence de cette restriction est une question qui mérite aujourd’hui d’être posée.»[5]
 
LA CONFIANCE ET LES MÉMOIRES
Les musées ont une puissance identitaire : selon Stuart Hall : « Les musées ne sont pas simplement là pour émettre des descriptions objectives ou former des assemblages logiques; ils génèrent des représentations et des significations ... ».[6] En effet, le développement d’une marque muséale au local, au national ou à l’international, au-delà du prêt du nom et du transfert des savoir-faire, implique de nombreuses autres problématiques qui sont souvent perçues comme sensibles auprès des publics.
Dans l’environnement discursif de notre contemporanéité où comme la plupart des entreprises et organisations, les musées entretiennent leur présence dans les réseaux sociaux à la recherche d’une validation sociale puissante, ou par le biais de la publicité et de la médiatisation de leurs offres culturelles, la relation avec les publics reste fragile. Malgré l’incontournable stratégie de l’image présente autant dans les petits que les grands musées, celle-ci nécessite d’un point de vue éthique de maintenir un niveau d’excellence à travers le développement et la mise en valeur continue de leurs savoir-faire et de leurs expertises en matière de conservation, d’exposition mais aussi, d’entretenir la nature relationnelle entre les publics et les institutions muséales, comme condition incontournable à la gestion muséale.
Si la réalité financière des musées se concrétisent de plus en plus à travers : la recherche de partenariats privés, le développement de produits dérivés et des publications, la mise en place de boutiques et de restaurants, les investissements en communication et marketing ainsi que la capacité de lever des fonds, il s’agit ici d’un équilibre précaire [7] lorsqu’aucune participation démocratique, ni sentiment de responsabilités partagées entre les musées et leur communauté n’entrent en jeu.
 
LES PUBLICS COMME PILIER, LA CONFIANCE COMME FONDEMENT…
Faisant référence à l’Association pour le Développement du Mécénat industriel et commercial (l’A.D.M.I.C.A.L), Jean Tobelem souligne dès 1992 que « Selon PADMICAL, le musée « apparaît depuis dix ans comme le lieu privilégié de l'expression culturelle du monde économique »[8] : le caractère répétitif des paradigmes de gestion d’entreprises privés enracinés dans les musées en appelle à la  dé-traditionalisation de l’expérience du visiteur claquée sur ce que certains auteurs ont qualifié de Luna Park[9]  à l’exemple de la présence de toboggans au musée Tate[10] et de la marchandisation exacerbée de l’expérience muséale, assimilables aux loisirs populaires. Par ailleurs, à l’exemple des musées américains, l’intégration de boarders trustees, la mise en place de club de mécènes ou d’espaces philanthropiques qui s’associent au prestige du musée, mais aussi, ou surtout, à sa capacité de fournir des reçus d’impôts par la fondation du musée. Toutes ces activités interrogent les nouvelles compétences que les directeurs de musées doivent désormais développer et supposent : 
Une rupture épistémologique dans la définition même du musée qui questionne l’institution au point d’être discuté par l’ICOM qui réfléchit à la proposition d’un élargissement des fonctions muséales à l’architecture et la gestion.[11]
Incidemment, l’ambivalence entre industries culturelles et industries créatives dans la vie de nos institutions muséales signe une étape importante où le caractère non lucratif des musées est tout autant questionnable que leur rapport aux publics. Au-delà de la sémantique hautement politique du concept de créativité justifié par la baisse des fonds publics aux institutions culturelles, il y a lieu de discuter d’un nouveau mode de gestion alternatif qui met les publics au cœur des projets muséaux.
La confiance générant attachement et fidélisation aux institutions, les musées, au service de la collectivité et de leur patrimoine commun pourraient saisir l’opportunité offerte par leur patrimoine immatériel en misant tout autant sur leur stratégie de marque que sur la création de leur capital social. Celles-ci étant tributaires de valeurs communes peuvent sans conteste permettre de mieux penser la continuité et la viabilité des institutions : un atout majeur sur la structure et sur les performances des musées !
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Brosseau, Jonathan (2013) Le Devoir,  Vendre des oeuvres pour payer les dettes de la Ville de Détroit Récupéré de http://www.ledevoir.com/culture/arts-visuels/379893/vendre-des-oeuvres-pour-payer-les-dettes-de-la-ville-de-detroit
Defawe, P. (2006, 11 octobre). Cinq toboggans géants pour rentrer à la Tate Modern de Londres. Le Moniteur. Récupéré de http://www.lemoniteur.fr/157-realisations/article/insolite/525949-cinq-toboggans-geants-pour-rentrer-a-la-tate-modern-de-londres.Stuart H. (1997) Representation: Cultural Representations and Signifying Practices (London: Sage publications, p.4LÉVY, Maurice et Jean-Pierre
ICOM. (2012). La Définition du musée. Récupéré de http://icom.museum/la-vision/definition-du-musee/print/1/L/2/
 
Jouyet (2006) L’économie de l’immatériel, la croissance de demain. Rapport de la Commission sur l’Économie de l’immatériel. En ligne. [http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000880/0000.pdf].
Mairesse, F. et Desvallées, A. (dir.). (2007). Vers une redéfinition du musée ? Paris : Éditions L’Harmattan. p.54.
Mairesse, F. et Desvallée, A. (éd.). (2010). Key Concepts of Museology. [Document PDF]. Conseil international des musées (ICOM). Récupéré de http://icom.museum/fileadmin/user_upload/pdf/Key_Concepts_of_Museology/Museologie_Anglais_BD.pdf.
Semprini, A. (2005), « La marque une puissance fragile », Melchior, Récupéré de  http://www.melchior.fr/index.php?id=5532&no_cache=1&type=123.
Tobelem, J.M (1992) De l'approche marketing dans les musées In: Publics et Musées. N°2, p.57À l’image du parc d’attraction : LunaPark. Coney Island. (n.d.). Welcome. Récupéré de http://lunaparknyc.com/.
VIVANT, Elsa (2008) « Du musée-conservateur au musée-entrepreneur ». Téoros. Vol.27. N° 3.  Récupéré de http://teoros.revues.org/82 , p. 43-52.
 


[1] Vivant, Elsa. (2008). « Du musée-conservateur au musée-entrepreneur ». Téoros. Vol.27. No.3. p.43-52. Récupéré de http://teoros.revues.org/82
[2] Conseil international des musées. [s.d.]. Définition du musée. Récupéré de http://icom.museum/definition_fr.html.
[3] Schuster, Peter-Klaus. (2004). « Les trésors des cultures du monde dans le musée public ».  Les nouvelles de l’ICOM. No.1. pp.4-5. Récupéré de http://icom.museum/fileadmin/user_upload/pdf/ICOM_News/2004-1/FRE/p4_2004-1.pdf
[4] Brosseau, Jonathan (2013) Le Devoir,  Vendre des œuvres pour payer les dettes de la Ville de Détroit Récupéré de http://www.ledevoir.com/culture/arts-visuels/379893/vendre-des-oeuvres-pour-payer-les-dettes-de-la-ville-de-detroit
[5] LÉVY, Maurice et Jean-Pierre JOUYET (2006) L’économie de l’immatériel, la croissance de demain. Rapport de la Commission sur l’Économie de l’immatériel. En ligne. [http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000880/0000.pdf] p. 107
[6] Stuart H. (1997) Representation: Cultural Representations and Signifying Practices (London: Sage publications, p.4.
[7]Semprini, A. (2005), « La marque une puissance fragile », Melchior, Récupéré de  http://www.melchior.fr/index.php?id=5532&no_cache=1&type=123.
[8] Tobelem, J.M (1992) De l'approche marketing dans les musées In: Publics et Musées. N°2, p.57
[9] À l’image du parc d’attraction : LunaPark. Coney Island. (n.d.). Welcome. Récupéré de http://lunaparknyc.com/.
[10] Defawe, P. (2006, 11 octobre). Cinq toboggans géants pour rentrer à la Tate Modern de Londres. Le Moniteur. Récupéré de http://www.lemoniteur.fr/157-realisations/article/insolite/525949-cinq-toboggans-geants-pour-rentrer-a-la-tate-modern-de-londres.
[11] Mairesse, F. et Desvallée, A. (éd.). (2010). Key Concepts of Museology. [Document PDF]. Conseil international des musées (ICOM). Récupéré de http://icom.museum/fileadmin/user_upload/pdf/Key_Concepts_of_Museology/Museologie_Anglais_BD.pdf.

samedi 7 mars 2015

LE FÉMINISME DE LA FÊTE DU 08 MARS ET CELUI DU QUOTIDIEN ...


J'attends le 8 mars crispée à l'avance. Le féminisme devenu une autre grosse business de la Fââââmme fait un retour en force.

En 2007, lorsque je fondais le Musée de la Femme, la pertinence de ce type d’institution relevait de l’inusité… l’égalité était alors considérée en boîte, réglée m’avait-on soufflé. Aujourd’hui c’est le déluge, féministes par ci, féministes par-là, féministes coûte que coûte…C’est open... Même plus peur ! Merci d’avance.

Le 08 mars politically correct, commercial, évènementiel et tendance s’inscrit dans cette instantanéité où un drame chasse l’autre, à l’image du phénomène assourdissant Bring back our girls, dénoncé sur les réseaux sociaux puis étouffé. Puis il y a eu le bris des silences … puis plus rien, rien que des murmures et des célébrations. Et pendant que nous nous congratulons ainsi de nos avancées yoyo sur fond de silence radio, il y a l’infini flots de reculs, des viols non résolus tout près de chez nous, des disparitions de femmes amérindiennes trop démoralisantes pour être audibles …

Vivre le féminisme est plus qu’un like, un tweet, un discours, un party de filles ou une banderole. C’est une démarche intégrée, cohérente qui « dépassent largement les droits et les revendications [1]» et qui amène à voir.

Toute révolution est due à une élévation des aspirations

Se gargariser de l’histoire des femmes et non du désir d’égalité hommes-femmes, sur fond de nostalgie du chemin parcouru, est-ce là donc le prix de l’égalité hommes-femmes ?

Toute révolution est due à une élévation des aspirations. Au-delà du label féministe, de la féminisation des noms de métiers, de la journée sans maquillage et des cupcakes à l’effigie de la cause, la violence faites aux femmes peine à se financer : en matière de condition féminine, le prisme du cercle de la violence n’est familier aux  professionnels (lles)  de la politique au féminisme fragmenté et aux entreprises au féminisme édulcoré que comme étant rien qu’un cercle.

Le désir d’égalité hommes-femmes ne peut s’instrumentaliser : il est là chaque matin où les ressources pour les femmes sont précaires, mises à mal ou inexistantes.

Désir ou comédie?

À force de vouloir faire du capital sur le dos du féminisme, on tire en l’air !  Au-delà des célébrations huitmars-nesques, l’atteinte de l’égalité ou mieux, la conscience de l’atteinte de l’égalité reste encore un défi : la prise de conscience impliquant indubitablement une réflexion sur soi.  Kant soutenait que la puissance de réflexion qu’est la conscience (propre au sujet pensant) élève l’homme « infiniment » au-dessus de tous les autres êtres vivants. L’inconscience, dans cette perspective, irait de pair avec l’irresponsabilité morale. Elle signalerait la faiblesse ou la déficience de la volonté.

Le Musée de la Femme situé à Longueuil a comme ambition d’être à la hauteur de la contribution des femmes. Il préconise une attitude participative versus une attitude contemplative. Le musée, comme institution est donc un « lieu hautement politique[2] ». Il donne à voir, il raconte une histoire : celle qui « amène à voir » comment les politiciens et les partenariats tentent de remodeler le musée. Pour Roland Arpin, le musée se doit de faire la différence entre la fonction politique du musée et l’action politique : le musée comme acteur social a pour mission de diffuser, d’informer, d’éduquer, de conserver... mais pas la voie politique[3]. Il existe donc un enjeu de proximité qui se traduit par la participation de la communauté : une audience et une démarche qui permet tout au long des étapes de l’enracinement du Musée de la Femme dans la collectivité, d’enclencher la réflexion sur l’évolution de la condition féminine, le renforcement du leadership des femmes, le genre, les constructions sociales, le destin  «probable », pour faire de l’Histoire.

Une solidarité plus que nécessaire

Désirer l'égalité entre les femmes et les hommes nécessite une honnêteté intellectuelle doublée d’une vigilance psychique, c’est-à-dire éveil et attention. Elle implique la prise en compte d’une de ces questions transversales qui croisent toutes les autres discriminations. Qu’elles soient liées à l'origine, au handicap, à l'âge, à l'orientation sexuelle... et à l'ensemble des questions politiques et sociales, que ce soit l'emploi, la pauvreté, le logement, les violences, la culture, l'aménagement du territoire…

Le mouvement féministe a une histoire : «[en] la femme se recoupent l'histoire de toutes les femmes, son histoire personnelle, l'histoire nationale et internationale [4]». La transmission de nos récits croisés requiert une aptitude à revenir régulièrement au point d'ancrage. Il est temps pour les femmes de miser sur la force du NOMBRE. Le féminisme est capital et non un capital !

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Le Musée de la Femme est le 1er au Canada et 8ième sur plus 45 Musées de femmes dans le monde. Il contribue au renforcement du leadership des femmes et vous plonge au cœur de la vie des femmes du Québec de 1617 à nos jours. www.museedelafemme.qc.ca






[1] Bourcier, M.-H. et Moliner, A. (2012). Comprendre le féminisme. Montréal : Max Milo Editions.

[2] Martinache, I. (2008). Les musées, lieux hautement politiques. La Vie des idées. Récupéré de http://www.laviedesidees.fr/Les-musees-lieux-hautement.html.

[3] Arpin, R. (1999). La fonction politique des musées. Montréal : Les Éditions Fides.

[4] Cixous, H. (1975). Le Rire de la Méduse (pp. 39-54.).  L'Arc, 6.



 

jeudi 29 mai 2014

LA GOUVERNANCE MUSÉALE, AVEC COMME TÉMOIN… LE PUBLIC !

Confrontés à des mutations idéologiques et à différentes politiques publiques, les musées devraient plus que jamais s’inspirer de l’étymologie latine « gubernare », c’est à dire diriger un navire. Si la gouvernance désigne l'ensemble des mesures, des règles, des organes de décision, d'information et de surveillance qui permettent d'assurer le bon fonctionnement et le contrôle[1] , rarement l’expérience muséale sera neutre sur le plan politique. Si l’idée d’envisager l’action muséologique comme outil de propagande est étroitement lié à son rapport au politique, la gouvernance muséale[2] consiste à équilibrer les rapports entre les principaux intervenants impliqués dans la direction du musée : le conseil d’administration, le directeur ou conservateur et les pourvoyeurs de fonds.
En effet, le musée, « lieu hautement politique[3] », donne à voir, il raconte une histoire. Celle qui « amène à voir » comment les politiciens et les partenariats remodèlent le musée en distribuant de nouvelles valeurs symboliques et matérielles à nos institutions. Conséquemment,  les actions posées par les gestionnaires de musées questionnent ici la préservation de l'intégrité de nos institutions muséales, victimes des mutations idéologiques et des contraintes budgétaires.
 
L’histoire des musées comme vitrine prestigieuse du pouvoir[4] contribue à fixer des représentations collectives. Tel est le cas des musées de commémoration et des musées nationaux. Le risque non négligeable de devenir des ballons politiques et des outils marketing est donc réel. Déjà dans les années 80, le Musée de la Civilisation à Québec, créé en 1988 par le ministère des Affaires culturelles du Parti Québécois, sous couvert du nationalisme ambiant, avait comme mandat la mise en valeur de l’histoire de la nation. Et l’année suivante, le Musée canadien des Civilisations avait comme mandat la célébration du multiculturalisme canadien par la mise en avant la représentation des communautés culturelles du Canada. Cette « coïncidence » est soulignée par l’auteur Thierry Ruddel  en ces termes : « cette utilisation, presque simultanée, d’un pluriel et d’un singulier est pour le moins curieuse sinon équivoque[5] ».

Entre idéologie et action muséologique

Bâillonnées à l’interne et à l’externe, pénurie de revenus oblige, une série de décisions de certaines de nos institutions muséales semblent récemment et, de façon inquiétante, conditionnée par la poursuite d'objectifs plus ou moins formalisés. Si la différence entre la fonction politique des musées et l’action politique (sous couvert du nom du musée en question, suivez mon regard[6]) en disent long sur leurs ambitions, l’énoncé de mission, les expositions permettent d’identifier les idéologies. C’est aussi le cas des discours d’exposition et des partenariats parfois controversés qui nous amènent à lire entre les lignes des choix qui ne sont pas neutres. Pour Roland Arpin, le musée se doit de faire la différence entre la fonction politique du musée et l’action politique : le musée comme acteur social a pour mission de diffuser, d’informer, d’éduquer, de conserver... mais pas la voie politique[7].
Après une mémoire contre l’autre[8], un chèque pour la « préservation[9] » de l’environnement, face à quels enjeux se situe un conseil d’administration censé préserver l’intégrité de l’institution, au nom de son propre légitimé ?
Si les choix guidés financièrement et politiquement sont un critère définitoire dominant de changement d’identité d’un musée, ils s’avèrent aussi symptomatiques d’un virage non anodin qui propose une grille de lecture sur fond de bruissement de signe de « piasses ». Et bien entendu, cela n’augure rien de bon : prémices d’un discours d’exposition sujet à d’éventuels trous de mémoire et/ou éloge des sables bitumineux aux contenus scientifiques questionnables. Conséquemment la gouvernance muséale permet une distanciation de la proximité entre l’État, l’institution muséale et l’influence du lobby financier.  

Et le public dans tout cela ?

La portée politique des expositions et de l’institution muséale en elle-même n’est plus à démontrer : le musée est un espace de communication. Par la mise en scène : dispositifs matériels d’exposition (choix de la profusion ou de l’épure), la mise en espace du récit (la place de l’écrit, de l’iconographie), la mise en discours (ressources audio-visuelles, objets, expression artistique…) jusqu’aux différents procédés d’immersion, qui sollicitent moult leviers émotionnels (couple émotion / information),  le visiteur n’en ressort pas indemne. Le musée comme garde-fou contribuant à la prise de conscience, à l’ouverture d’esprit et la connaissance.  
Susceptible d’instrumentalisation, le monnayage de la culture engendre des professionnels contraints à viser l’accroissement de revenus et de fréquentation à tout prix. Une série de comportements discutables et qui met en doute le souci et le respect des musées pour leurs publics, soulevant plus que jamais des questions d’ordre déontologique. À l’ère de la globalisation des exigences d’un public avisé, adepte des medias sociaux, et au cœur de la communication de nos institutions, il s’érige désormais un autre aspect du balancier aux injonctions étatiques, des sponsors et des partenaires privés.  
Les défis contemporains d’une option managériale accès sur le public sont largement soulignés par  le juriste et administrateur de musées nord-américain Stephen E. Weil pour qui le triomphe d’une muséologie relationnelle, appuyée sur les valeurs du public[10] représente un actif non négligeable.
L’inévitable rencontre réussie avec ce public nécessite tant soit peu un débat sur l’éthique, la déontologie et la gouvernance muséale, avec comme témoin, ledit public. Celui-là -même à qui il incombe de décider si les pétrolières peuvent s’acheter le musée (Le Devoir – 1er mai 2014 : « Commandite au Musée de l’histoire, le lobby du pétrole s’achète un accès aux décideurs[11] »)…
 
Et si ce dernier mérite une visite !




[1] Investissement Socialement Responsable. (2012). Gouvernance. En ligne. [http://www.investissement-socialement-responsable.org/lexique-isr.html].
[2] MALARO, Marie. (1994). Museum Governance : Mission, Ethics, Policy. Royaume-Uni : Smithsonian Books. 192p.
[3] MARTINACHE, Igor. (2008). « Les musées, lieux hautement politiques ». La Vie des idées. En ligne. [http://www.laviedesidees.fr/Les-musees-lieux-hautement.html].
[4] COHEN, Anouk. (2007). « Quelles histoires pour un musée de l’immigration à Paris ! ». Ethnologie française. Vol.37. No.3. pp. 401-408.
[5] RUDDEL, Thierry. (2005). Musées « civilisants » du Québec et du Canada : les enjeux politiques et publics. Persée. p.1. En ligne. [http://www.persee.fr/articleAsPDF/pumus_1766-2923_2005_num_6_1_1378/article_pumus_1766-2923_2005_num_6_1_1378.pdf].
[6] Radio-Canada. (2012). Le Musée canadien des civilisations change de nom et de vocation. En ligne. http://ici.radio-canada.ca/regions/ottawa/2012/10/16/004-musee-civilisation-histoire.shtml.

[7] ARPIN, Roland. (1999). La fonction politique des musées. Canada : Les Éditions Fides. 44 p.

[8] CASSIVI, Marc. (2012). « Le musée de la vision étriquée ». La Presse. En ligne. [http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/marc-cassivi/201210/17/01-4584151-le-musee-de-la-vision-etriquee.php].
[9] ORFALI, Philippe. (2013). « L'industrie du pétrole s'invite au Musée des civilisations ». La Presse. En ligne. [http://www.lapresse.ca/le-droit/arts-et-spectacles/201311/25/01-4714399-lindustrie-du-petrole-sinvite-au-musee-des-civilisations.php].
[10] WEIL, Stephen. (1999). « From being about something to being for somebody : The ongoing transformation of the American Museum ». Daedalus. Vol.128. No. 3. pp. 229-258.
[11] ORFALI, Philippe. (2014). Commandite au Musée de l’histoire – Le lobby du pétrole s’achète un accès aux décideurs. Le Devoir. En ligne. [http://www.ledevoir.com/politique/canada/407059/commanditeaumus].